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Le portrait de septembre 2021 : Théo Gillet, bachelier au Cambodge, étudiant en France


A l’occasion de la rentrée des classes nous consacrons cette rubrique à Théo Gillet, ex-élève du Lycée Français René Descartes à Phnom Penh, qui poursuivra ses études supérieures dans l’hexagone. Pour franchir cette étape il a du s’inscrire sur Parcoursup, la plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur en France. Nous lui avons demandé de partager son expérience.


Théo a 18 ans, il a obtenu son Baccalauréat général cette année. Il a quitté Phnom Penh il y a quelques semaines. Désormais, il est installé dans l’hexagone où il profite de vacances bien méritées. Théo s’apprête déjà à croquer une nouvelle tranche de vie avec l’appétit de sa jeunesse. En septembre, ce franco-thaï fera sa rentrée en classe préparatoire BCPST (Biologie, Chimie, Physique et Sciences de la Terre) au Lycée Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés en banlieue parisienne (94).

Comment as-tu réalisé l'élaboration de ton parcours et tes choix d'orientation ?

Je savais déjà dans quelle filière je souhaitais m’orienter. J’ai beaucoup discuté avec ma famille et mes amis au sujet des écoles en France et des débouchés offerts par ce type d’études. C’était primordial car je n’étais pas familiarisé avec le système scolaire en France. C’est d’ailleurs la première fois que je vais étudier en France.

As-tu eu recours à un conseiller d'orientation concernant ton projet d'avenir ?

Oui, j’ai eu l’occasion de discuter avec le conseiller d’orientation du Lycée Descartes concernant mon souhait d’intégrer une école préparatoire (CPGE) ou une fac prestigieuse avant de faire mes démarches sur le site Parcoursup.

Comment s’est déroulé le processus d’inscription sur Parcoursup ?

C’était assez stressant d’écrire des lettres de motivation, avec une limitation à 1500 caractères. Cet exercice n’est pas évident à maitriser, en fait il force à rédiger correctement et avec précision ses motivations. A part cela, c’était plutôt simple. Cependant, la période d’attente est bien stressante et les réponses des écoles peuvent être blessantes.


Trouves-tu contraignant le système d’accession aux études supérieures en France ?

Pas vraiment en fait, au contraire j’ai bien aimé le fait que tout se fasse en ligne sur le site Parcoursup. Cela simplifie les démarches. Par contre, je suis assez critique au sujet de l’algorithme de sélection des écoles. Certains élèves ont été acceptés dans de bonnes écoles malgré des diplômes avec mentions faibles alors que d’autres n’ont pas été admis avec des mentions très bien. Pourtant ces écoles précisent qu’elles sélectionnent les étudiants sur leurs dossiers scolaires. La méthode est assez incompréhensible pour beaucoup.


Quel impact la pandémie a-t-elle eu sur ta dernière année au lycée ?

La pandémie a forcément modifié ma vie quotidienne à bien des égards. Il est très compliqué de rester concentré et d’étudier derrière un écran. La motivation n’y est pas. C’est aussi ardu pour les professeurs qui doivent enseigner à des élèves peu motivés pour apprendre.

Personnellement, j’ai plus ou moins réussi mes deux ans de lycée derrière un écran. Cependant, j’ai peur que le manque de qualité d’éducation ne me rattrape lors de mes études supérieures. Je révise et continue de m’instruire durant les vacances car je sais que cela me sera nécessaire pour bien débuter ma classe préparatoire.

En Terminale, nous avons seulement étudié en classe quelques semaines au début de l’année et je réalise que c’était un vrai plaisir. Je ne souhaite à aucun élève ou professeur des cours en visio-conférences.


Comment appréhendes-tu cette expérience d’étudiant hors du Cambodge où tu as grandi ?

Je considère cela comme une opportunité d’être indépendant et un moyen d’entrer dans la vie réelle. Ça va être plus ou moins difficile au début, surtout au premier hiver, mais j’ai hâte de vivre cela. Pour l’instant, tout se passe correctement mais la pandémie et la lenteur de l’administration française me stressent fortement.

Certaines démarches administratives ont été laborieuses, plus d’un mois, pour ouvrir un compte Ameli à la sécurité sociale ou obtenir un rendez-vous en vue d’avoir une carte d’identité nationale.


Seras-tu au sein de ta cellule familiale en France ou indépendant ?

Je serai indépendant car ma famille est domiciliée près du Mans, dans la Sarthe à environ 200km de mon école.

Théo a fait une demande de logement au CROUS mais sans succès. Mais dès son arrivée en France il a finalement trouvé un bon logement individuel. C’est un réel soulagement afin d’aborder la rentrée sereinement.

Lors d'un match de Rugby au Cambodge.


Ce jeune sportif pratique le rugby, le crossFit et le badminton mais il compte se concentrer sur ces études. « Je n’aurai certainement pas de temps pour aller dans un club de sports mais je ferai de l’exercice chez moi avec mes élastiques de fitness. Mon emploi du temps en classe préparatoire ne me permettra pas non plus de travailler en complément de mes cours. Je ne l’envisage pas actuellement».


Au Cambodge, Théo a participé à des défilés de mode de créateurs réputés et a été mannequin pour des marques de vêtements. «Si l’occasion se présente je le ferai à Paris. J’apprécie, c’est agréable et relaxant, puis on rencontre des personnes intéressantes».


Défilé de Don Protasio, #Brutal, F/W 2020, @The Elysee, Koh Pich

Théo fait déjà preuve d’une grande maturité et pour conclure, il ajoute les remarques suivantes. «Malgré la pandémie, j’ai toujours passé du bon temps au LFRD (Lycée Français René Descartes). D’autre part, je conseille aux futurs bacheliers de se préparer à rédiger leurs lettres de motivations et de vraiment réfléchir à leurs objectifs afin de bien s’orienter pour construire leur avenir. C’est une priorité ! Sans avoir besoin de savoir quel métier l’on veut exercer, nos désirs peuvent très bien changer au fil du temps. Choisir sa voie c’est déjà suffisant à notre âge. Il faut surtout que les lycéens en Terminale prennent l’opportunité d’apprendre à comment étudier efficacement. Sinon, ce manque de savoir aura un impact néfaste leurs études supérieures».


Nous souhaitons à Théo plein succès dans ses études, de belles découvertes en France et de grandes satisfactions sur le plan personnel.


Propos recueillis par Francoise Gouézou, rédactrice.

20/08/2021