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Interview de juin 2024 - Agathe de Lauzanne, nouvelle médecin conseil de l'Ambassade de France au Cambodge



Agathe de Lauzanne - Pédiatre au Cambodge

A l'occasion de sa nomination comme médecin-conseil de l'Ambassade de France, le collectif Français au Cambodge - Plus Forts Ensemble donne la parole à Agathe de Lauzanne.


  • Bonjour Agathe, merci de nous accorder cet entretien. Avant d'arriver au Cambodge, quel a été ton parcours universitaire pour devenir médecin ?

 

J’ai réalisé les 6 ans d’externat de médecine à la faculté de Lyon Granges Blanche, puis après le concours de l’internat, les 4 ans de spécialité Pédiatrie à l’Université de Montpellier Nîmes, et enfin les 2 ans de clinicat 2 ans à l’hôpital Robert Debré à Paris.


En 2003, j’ai effectué une mission humanitaire en Thaïlande, pour prendre en charge des enfants infectes par le VIH et leurs familles, au moment où le gouvernement Thai instaurait la gratuité des antirétroviraux (médicaments pour le VIH).


Grâce à cette expérience, j’ai voulu me spécialiser en maladies infectieuses avec plusieurs Diplôme Universitaires : maladies infectieuses pédiatriques, VIH, Tuberculose, médecine du Voyages.


Et grâce à mon dernier semestre d’internat en inter CHU à l’hôpital Robert Debré, en maladies infectieuses pédiatriques, j’ai eu la chance de pouvoir y réaliser mon clinicat et d’y travailler comme praticien hospitalier jusqu’en 2014. J’ai pu prendre en charge tous les nouveaux patients atteints par le VIH et de créer une consultation dédiée à la Tuberculose.


A cette date, j’ai pu mettre en œuvre le projet de prendre une année off pour suivre un Mastère de Santé Publique, spécialisé en épidémiologie, à l’Institut Pasteur de Paris / CNAM, avec déjà l’idée de partir en famille à l’étranger quelques années au moins..., si possible en Asie du Sud Est.

 


  • Depuis quand es-tu au Cambodge ? Et quel a été ton parcours depuis ton arrivée ? 

 

Grace à ce cursus en Mastère et à son directeur, j’ai rencontré une équipe d’épidémiologistes de l’Institut Pasteur Paris et j’ai bénéficié d’un contrat dit d’interface, ayant pour but de faire un pont entre la clinique (ici la pédiatrie) et la recherche (épidémiologie des maladies infectieuses).


Je suis donc arrivée à l’Institut Pasteur du Cambodge (IPC) en Mai 2015 pour mon stage de mastère puis j’ai enchainé sur ce contrat d’interface, en charge de la coordination nationale du projet de recherche BIRDY, passionnant, portant sur les infections bactériennes des nourrissons de 0 à 2 ans et la résistance aux antibiotiques de 3 pays (Cambodge, Madagascar et Sénégal).


J’ai poursuivi de 2019 à 2022 par la coordination d’un autre projet : TB-Speed, sur la Tuberculose de l’enfant, au Cambodge et 5 autres pays en Afrique.

J’ai en parallèle, en 2020, créé la structure 154 Pediatrics, un cabinet privé de Pédiatrie, qui s’est développé progressivement.


Depuis fin 2022, je travaille à 100% dans ce cabinet. S’il accueillait initialement beaucoup d’enfants français, il s’est rapidement « internationalisé » et maintenant accueille au moins 30% de patients Khmers.

Il s’agrandit tout en restant à taille humaine et est dédié à la pédiatrie. Une psychologue française vient de rejoindre 154 Pediatrics et plusieurs projets nous animent, comme récemment la venue d’une neuro-psychologue française pendant 5 semaines, pour évaluer spécifiquement et proposer une prendre en charge adaptée à des enfants francophones avec des difficultés scolaires. J’espère que ce projet, soutenu par l’Ambassade de France pour cette 1ere édition, sera renouvelé l’an prochain, et que d’autres, dédiés à la petite enfance, puissent voir le jour.

 


Agathe de Lauzanne Pédiatre à Phnom Penh
Agathe de Lauzanne est Pédiatre à Phnom Penh.

  •  Tu as récemment été nommée médecin conseil de l'Ambassade de France, cette fonction bénévole est néanmoins très utile pour notre communauté française, peux-tu rappeler en quelques mots à quoi sert un médecin conseil ?

 

Il assure une mission générale de conseil en matière de santé et d’hygiène publiques et si nécessaire une fonction d’expertise. En cas de besoin, le consulat peut lui demander de faire le lien avec les médecins libéraux et hospitaliers du pays et de donner son avis sur l’état de santé d’un Français dans les limites compatibles avec le secret professionnel.


Et de façon plus globale, le médecin conseil a un rôle de conseiller médical pour la communauté française, fournissant des conseils et des informations sur les questions de santé, aidant éventuellement à orienter les citoyens français vers des services de santé appropriés.


Dans mon cas, mon rôle sera plus orienté vers la prise en charge des enfants et de leurs familles.


  • D'un point de vue plus général, on dit souvent que l'accès aux services de santé est inégal au Cambodge, où en sommes-nous en 2024 ? 

 

En ce qui concerne l'accès aux services de santé au Cambodge en 2024, de grands progrès ont été réalisés, notamment le système de sécurité sociale cambodgien (NSSF=National Social Security Fund) qui permet à tout salarié de bénéficier de soins gratuits dans des structures publiques ou privées associées. Il faut bénéficier d’un contrat de travail et d’un employeur qui déclare son personnel, la NSSF est alors systématique.

 

Des inégalités persistent, en particulier dans les zones rurales où l'accès aux soins reste limité, en terme de structures (services, laboratoires, imagerie) mais aussi de qualité des soins.

 

La formation des médecins s’améliore toujours avec maintenant la possibilité de réaliser des Diplômes Universitaires au Cambodge, des Masters aussi. Les étudiants cambodgiens en médecine ou pharmacie ont aussi la possibilité de réaliser une à deux années de spécialisation en faisant fonction d’interne (DFMS et DFMSA) dans les hôpitaux publics français, soutenus par l’Ambassade de France.

 

A Phnom Penh, il existe une multiplication de l’offre de soins privée, qui si parfois s’y mêle un enjeu business, améliore grandement la qualité des soins et permet à toute une population de se faire soigner au Cambodge quand avant ils voyageaient dans les pays limitrophes plus avancés médicalement.

 

Il reste bien sur des défis à relever.


 


Agathe de Lauzanne Pédiatre au Cambodge
Agathe en 2003 pendant une mission en Thaïlande.

  • En tant que pédiatre, quelle est la situation sanitaire des enfants au Cambodge aujourd'hui ? 

Elle est très inégale. Elle peut varier en fonction de différents facteurs principalement du lieu de vie (urbaine / rurale dans les provinces éloignées) et du niveau de vie.


Le système de prise en charge systématique au cours de la 1ere année de vie dans les centres de santé fonctionne bien, ainsi les enfants sont bien vaccinés et relativement bien orientés durant ces 1ers mois en cas de maladie.


Mais certains défis persistent, tels que l'accès très inégal aux soins de santé, la malnutrition, les maladies infectieuses, l’antibiorésistance (par exposition inappropriée aux antibiotiques), les accidents domestiques.


Enfin, les connaissances en matière de santé de l’enfant sont encore très limitées et on note par exemple l’augmentation des consultations pour troubles du comportement très certainement en lien avec la surexposition aux écrans ou des problèmes d’obésité/sédentarité dès le plus jeune âge.

 

  • Finissons sur une note plus personnelle, quel est ton lieu préféré au Cambodge?


Disons que j’en ai deux ...


Probablement Preah Vihear pour y etre venue il y a 20 ans en moto depuis Sisophon en fin de mission humanitaire et le trouver toujours aussi grandiose aujourd hui, et un coin de

Paradis, plus personnel, au bord du fleuve Bassac à la campagne, proche de Phnom Penh.


Toute l'équipe de Français au Cambodge - Plus Forts Ensemble félicite Agathe pour cette nomination et sa mission au service de la communauté française.


Pour contacter Agathe de Lauzanne


Propos recueillis par Florian Bohême.

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