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Onoda - Magie du cinéma - film tourné au Cambodge par un réalisateur Français et qui parle du Japon



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A chaque fois que c'est possible, à chaque fois qu'on nous le demande, Français au Cambodge - Plus Forts Ensemble ! se fait un plaisir de relayer des initiatives culturelles, associatives, économiques engagées par des compatriotes français au Cambodge.


Davy Chou, bien connu de la communauté française au Cambodge pour ses films engagés et primés partout dans le monde, mais aussi producteur de films, souhaite nous parler aujourd'hui d' Onoda, film à l'affiche dans les meilleurs cinémas de Phnom Penh (notamment Legend) mais peut aussi être trouvé en province.



Sélectionné à Cannes en 2021, ce film a été entièrement tourné au Cambodge ! Son réalisateur Arthur Harari, vient d'obtenir le prix Louis Delluc qui distingue le meilleurs film français de l'année.


L'Histoire vraie d'Hiroo Onoda


Fin 1944, le Japon est en train de perdre la guerre. Hiroo Onoda est alors formé à la guérilla à la section secrète de Futamata de l’école militaire de Nakano avant d’être envoyé sur l’île de Lubang aux Philippines. Lorsque l’armée américaine débarque fin février 1945, il se replie tout comme d’autres soldats dans la jungle. Comme prévu, ils forment un petit groupe pour survivre. Le lieutenant Onoda a sous son commandement trois hommes, le caporal Shimada,, et les soldats de première classe Akatsu et Kozuka. Bien longtemps après la capitulation signée début septembre 1945 et malgré les différents appels lancés, ils ne se rendent pas. Onoda ne va finalement accepter de déposer les armes qu’en mars 1974.


De ce soldat nommé Onoda, qui n’a jamais voulu capituler pendant presque trente ans, on a entendu parler non seulement au Japon - où il a été accueilli comme un héros – mais aussi ailleurs dans le monde. Mesurer le degré de célébrité n’est certainement pas aisé, nul doute pourtant qu’il est le plus connu des « soldats japonais résistants (zanryû nipponhei) », à savoir les combattants qui sont demeurés en armes après la capitulation du Japon.


En 1972, le soldat Shôichi Yokoi a été retrouvé sur l’Ile de Guam dans un état de grande faiblesse physique. À son retour au Japon, il est devenu une vedette pour un temps. Mais l’écho suscité par le retour d’Onoda avec son allure martiale a été bien plus important.

Attendu et annoncé, le retour d’Onoda a été un événement médiatique majeur. Il a d’abord été traité comme un parfait militaire par les autorités philippines et le président Marcos lui-même, qui lui a accordé la grâce pour pardonner « toutes les violations qu’il aurait pu commettre » à Lubang.


Sur toutes les différentes photos, sa posture droite, son salut militaire parfait, son regard vif ont fait forte impression sur le public japonais. Le 12 mars 1974, à son arrivée à l’aéroport de Haneda, la foule s’est bousculée. Sa personne et son aventure ont provoqué un flot de commentaires. Pour beaucoup, Onoda incarnait des valeurs comme la bravoure, la sobriété, la fierté et surtout la fidélité à sa mission. Sa force physique et mentale a été unanimement saluée. Partout, il a pris des bains de foules, reçu des lettres d’admirateurs, est passé à la télévision. Ses mémoires, Ma guerre de Trente ans sur l’île de Lubang, parues en août 1974 sont un best-seller, traduit et publié partout dans le monde.


Si le récit de son aventure continue à fasciner le public, après sa mort en 2014, à l’âge de 91 ans, Onoda a été utilisé comme un symbole, admirable aux yeux des conservateurs nationalistes, du Japon qui ne regrette pas son passé colonialiste et guerrier.

Entretien avec Arthur Harari, réalisateur du film Onodo, 10000 nuits dans la jungle


Né à Paris en 1981, Arthur a réalisé plusieurs courts et moyens métrages remarqués dans un grand nombre de festivals. En 2017, son premier film Diamant Noir, nommé deux fois aux César, reçoit celui du Meilleur espoir masculin pour Niels Schneider. En 2021, son nouveau film Onoda est présenté en ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes.


Question : Comment est né Onoda ?

Pendant plusieurs années, avant même le tournage de Diamant noir, j’ai pensé à un film d’aventures. Je dévorais Conrad et Stevenson et m’intéressais aux navigateurs solitaires ou aux expéditions polaires. Un jour, comme je parlais de ce désir devant mon père, il a évoqué, presque sous la forme d’une boutade, le cas incroyable de ce soldat japonais resté plusieurs années sur une île. C’est ainsi que j’ai rencontré Onoda…


Question : Comment s’est fait le choix des acteurs ?

La recherche du casting a atteint un degré obsessionnel ! Pour Akatsu, j’ai immédiatement proposé le rôle à Kai Inowaki que j’avais découvert enfant dans Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa et que je trouvais génial.


Pour d’autres en revanche, le processus a été extrêmement long et compliqué car, une fois passées les premières idées, je me suis plongé dans une espèce de deep web de l’actorat local.


Avec l’aide du trio de collaborateurs qui m’aidait dans cette recherche - la directrice de casting Rioko Kanbayashi, le producteur Hiroshi Matsui et la traductrice Éléonore Mahmoudian – j’ai ainsi recensé sur Internet des quantités d’acteurs au point d’avoir un trombinoscope délirant. Endo Yuya qui tient le rôle d’Onoda jeune a été choisi grâce une photo qui m’avait frappé au milieu de centaines d’autres. Son visage ne ressemblait pas à celui d’un jeune premier. J’y ai reconnu quelque chose.


Question : Votre film part donc du réel ?

Mon obsession – avec mon frère chef opérateur - était d’attraper quelque chose du réel ; le film devait devenir une expérience de réalité. Les corps étaient là ; les mains étaient là ; la nature était là. Il y a quelque chose d’une captation. Nous en sommes venus à être obsédés par la sueur, la saleté des costumes, la concrétude des éléments.


Le film a pris une dimension plus sensuelle que je n’aurais pensé, il fallait que la pluie tombe réellement sur les spectateurs ! Là encore, un équilibre entre l’harmonie classique et un aspect direct, immersif nous a guidé, pour créer une expérience particulière du temps et de l’espace. Dans le film, il y a deux espace-temps qui cohabitent : d’un côté celui des villageois, ouvert sur l’extérieur et pris dans une chronologie dont les dates scandent les étapes ; de l’autre celui d’Onoda, fermé par le contour de l’île, dans lequel le temps est cyclique et constitue une stase qui évolue très lentement.


Entre les deux, s’établit une frontière qu’Onoda frôle régulièrement pour se ravitailler mais qu’il refuse de franchir totalement. Énormément de scènes du film sont construites sur ce principe d’un champ-contre-champ presque irréconciliable.


La Bande annonce

Français au Cambodge - Plus Forts Ensemble ! remercie chaleureusement Davy Chou pour les éléments transmis. Nous vous souhaitons une bonne séance !


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