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Opinion de Florian Bohême - Ce qu'il se passe en France : le cri d'alarme d'une génération sacrifiée

il y a 8 heures
3 min de lecture
Opinion de Florian Bohême - Ce qui se passe en France : le cri d'alarme d'une génération sacrifiée

Au moment de rentrer au Cambodge après une semaine passée à Paris pour vous représenter à l'Assemblée des Français de l'étranger, comment rester muet face à la situation en France ?


Trouver les mots justes n'est pas simple. Non pas des mots pour calmer les esprits, car la situation de la France, je le crois profondément, mérite un électrochoc, justement pour empêcher l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. Si ce sursaut intervient maintenant pour conjurer l'inévitable lors de la prochaine élection présidentielle, il ne sera que salutaire.


Les violences et les pillages de groupes de casseurs organisés sont évidemment inexcusables. Terribles sont les images de la mairie de Limoges en feu, de ces commerçants qui ont tout perdu, ou encore de ces destructions commises uniquement pour détruire. Mais il convient d'interroger la responsabilité du pouvoir en place : les services de l'État ont-ils perdu toute capacité à identifier, interdire et démanteler ces réseaux ? Il est d'ailleurs cocasse de voir Emmanuel Macron pointer du doigt les réseaux d'ultra-gauche : le pouvoir sait donc qui ils sont, mais n'a rien fait pour empêcher leurs agissements ?


Depuis 2018 et la crise des Gilets jaunes, ce pouvoir est incapable de répondre aux demandes souvent légitimes du peuple et s'est enfermé dans un refus systématique du dialogue. Regardons la chronologie de cette rupture continue :


  • Le mouvement des Gilets jaunes (novembre 2018 – 2019)

  • La crise des hôpitaux et des soignants (2019 – 2020)

  • Le premier projet de réforme des retraites (décembre 2019 – février 2020)

  • Les mouvements contre les restrictions et la gestion de crise en Outre-mer (2021 – 2022)

  • La mobilisation historique contre la réforme des retraites à 64 ans (janvier – juin 2023)

  • La crise et les mobilisations des pêcheurs (printemps 2023 et début 2024)

  • Les émeutes urbaines suite à la mort de Nahel (juin – juillet 2023)

  • La colère du monde agricole (janvier – février 2024)

  • Le soulèvement et les émeutes en Nouvelle-Calédonie (mai – juin 2024)

  • La mobilisation contre la vie chère en Martinique et aux Antilles (automne 2024)


Face à cette accumulation inédite, le constat s'impose : l'État a cessé de fonctionner. Un exemple de cette déliquescence totale : connaît-on seulement le nom du ministre de l'Éducation, de l'Économie ou encore de l'Agriculture ? L'instabilité institutionnelle et la déconnexion permanente du sommet plongent désormais l'action publique dans une léthargie générale. Ce pouvoir vertical est à bout de souffle. Que ce soit à Paris ou depuis l'étranger dans mes échanges avec nos administrations, le constat est le même : la Res Publica, la chose publique, a cessé de fonctionner.


Face à des institutions vidées de leur sens et réduites à l'impuissance, où se réfugie dès lors le cœur battant de la République ?



Saluons la lucidité de cette jeunesse qui défile dans la joie, qui garde son insouciance — on ne lui a pas encore totalement volé cela —, qui organise des orchestres pour faire résonner la musique dans les cortèges et qui refuse d'être une génération sacrifiée face aux crises climatique, géopolitique et budgétaire. Disons-le clairement : les manifestants ne sont pas ceux qui cassent. Comme en mai 1968, c'est la jeunesse qui réveille la France et qui fait Nation.

Hier soir au 20 heures, le Président de la République a fait montre de fermeté : « J'ai demandé à... », « J'ai exigé que... », mais tout cela est bien tardif, bien poussif. S'il a distingué manifestants et casseurs, a-t-il apporté la moindre réponse à ces lycéens dont le mouvement est parti, ou à ces millions de Français étranglés par l'essence trop chère, confrontés au quotidien à la ruine des services publics et à des hôpitaux en état de mort clinique ?


À six mois de l'élection présidentielle, le Président de la République a rappelé le rôle des partis politiques. Mais les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Emmanuel Macron demande aujourd'hui des comptes aux partis, lui qui est désormais dans l'incapacité totale de dégager une majorité, d'apaiser le pays ou de tracer un cap. C'est le comble pour celui qui n'a eu de cesse de rabaisser les forces politiques, de contourner le Parlement et d'ignorer tous les corps intermédiaires.


Dans six mois, la France fera face à son destin, comme jamais depuis la création de la Ve République. Dans quelle direction ? Nul ne le sait. Beaucoup sont aujourd'hui inaudibles dans la classe politique, et les partis de gouvernement n'ont plus aucun leadership.

Ces six mois ne doivent pas être ceux de la résignation à l'inéluctable : la jeunesse en France envoie probablement le dernier signal, celui d'une génération sacrifiée.


Ce qui se passe en France est peut-être le crépuscule de la Ve République. La monarchie républicaine n'a plus sa place et il est probablement plus que temps de changer de République !

 
 
 

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