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L'interview du mois - Margot Petitpierre, Française de l'étranger depuis toujours.

il y a 40 minutes
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L'interview du mois - Margot Petitpierre, Française de l'étranger depuis toujours.

En bref

Français au Cambodge donne régulièrement la parole à des figures engagées de la communauté : aujourd'hui, nous partons à la rencontre de Margot Petitpierre, directrice générale Asie du bureau d'études Insuco, installée à Phnom Penh depuis 2022. Après un riche parcours dans la solidarité internationale aux quatre coins du globe, cette ingénieure en agro-développement a choisi de basculer vers le secteur privé pour piloter le développement continental de son entreprise. Sur le terrain, elle accompagne désormais les grands acteurs de l'énergie, des infrastructures ou encore des mines afin de garantir une mise en œuvre socialement durable de l'ensemble de leurs projets.


  • Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots : d'où viens-tu en France et quel a été ton parcours avant de poser tes valises au Cambodge ?


Ma famille est originaire du Sud-Est de la France, mais je n’y ai grandi qu’en partie : je suis née au Maroc et j’ai vécu au Sénégal avant de rentrer en France. Mes études d’ingénieure en agro-développement international à l'ISTOM m’ont vite permis de renouer avec l’étranger, à travers quatre stages professionnalisants : au Pays de Galles, au Sénégal, au Maroc (il fallait absolument que j’y retourne adulte !) puis en Thaïlande.


Une fois mon diplôme en poche, c’est le monde des ONG qui m’a attirée. J’ai mis le cap sur Madagascar d’abord (comme responsable d’une ferme-école sur les Hauts Plateaux), puis j’ai rejoint le Vietnam (dans les collines de Mộc Châu pour un V.I.E. passionnant dans les filières lait et prune), le Laos (du côté de Thakhek, en soutien au gouvernement sur des projets d’irrigation), et enfin Haïti, à Port-au-Prince – un petit rêve que je nourrissais depuis longtemps…


Mais bien que cette dernière expérience haïtienne m’ait satisfaite sur le plan professionnel (et personnel bien sûr), j’ai été déçue par le milieu de la solidarité internationale et j’ai décidé de basculer vers le secteur privé. Insuco était un bureau d’études tout trouvé, dont je partageais pleinement les valeurs. J’ai alors pris la route de la Guinée où j’ai rapidement pris la direction de notre bureau à Conakry.


 Soirée de célébration des 15 ans de Insuco avec les équipes, partenaires et clients en Afrique (Lome, juin 2026)
 Soirée de célébration des 15 ans de Insuco avec les équipes, partenaires et clients en Afrique (Lome, juin 2026)

  • Qu’est-ce qui a motivé ton départ pour l’Asie du Sud-Est et plus particulièrement ton installation au Cambodge ?


Cinq ans après avoir atterri en Guinée, il était temps d’envisager un peu de mouvement. Nos clients demandaient de plus en plus notre expertise pour intervenir sur leurs projets en Asie. Pascal, notre PDG, connaissait mon bagage dans la région et le Comité de Direction m’a proposé de diriger toutes nos opérations sur le continent asiatique. Après Haïti, vivre au Cambodge était un autre rêve que je ne pensais jamais pouvoir réaliser… J’ai sauté sur l’opportunité pour suggérer Phnom Penh comme implantation de notre futur hub asiatique. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que nous nous retrouvions sur le boulevard Monivong en septembre 2022 !


  • Tu travailles chez Insuco, un bureau d'études et de conseil spécialisé en sciences et durabilité sociales. Peux-tu nous expliquer concrètement en quoi consiste ton rôle et tes missions au quotidien ?


En plein de choses passionnantes !

Tout d’abord, la chance que j’ai eue, c’est de pouvoir grandir avec le groupe, tant sur le plan personnel que professionnel. J’ai gravi tranquillement les « échelons » — bien que la hiérarchie ne soit pas trop notre truc chez Insuco — en commençant comme Directrice technique, puis Directrice pays, et aujourd'hui Directrice Générale continentale. J'ai aussi évolué en même temps que l'entreprise : quand j’ai rejoint notre bureau d'origine en Guinée, nous ne comptions que 6 implantations dans le monde. Aujourd’hui, nous en comptons 10 de plus… et notre 17ᵉ bureau est en cours d’ouverture à Tachkent (encore en Asie !) !


Je suis donc aujourd’hui en charge du développement de nos activités en Asie, un vaste continent pour nous puisque nous intervenons de l’Arabie saoudite (où nous avons une équipe en place depuis 2024) aux îles Tonga, en passant par le Pakistan, l’Indonésie ou les Maldives. Bien sûr, je ne fais pas cela seule ! Nos équipes Asie sont ultra-motivées et engagées. Énergie, ressources naturelles, agriculture et agro-industrie, tourisme, services de base, infrastructures, développement territorial, mines : nous intervenons dans tous ces secteurs pour accompagner nos clients vers une mise en œuvre socialement durable de leurs projets. Cela se traduit par des Études d’impact environnemental et social classiques, par la gestion des réinstallations sur des projets qui nécessitent des déplacements involontaires, des études sectorielles et de filières, l’engagement des parties prenantes, des études sur le patrimoine culturel, etc.


L'équipe INSUCO au Cambodge
L'équipe INSUCO au Cambodge
Mon quotidien est donc très varié : rencontres clients, réponses aux appels d’offres, gestion de projets, accompagnement technique des équipes, projets internes au Groupe ou encore participation à des conférences… je rentre donc tout juste de ma première mission à Tachkent et je suis rassurée : on ouvre encore un nouveau chapitre incroyable de l’histoire d'Insuco !

  • Quels types de projets mènes-tu sur le terrain, et quels sont les défis sociaux et environnementaux majeurs que tu rencontres dans ton travail au Cambodge et dans la région ?


Au Cambodge, en ce moment nous travaillons surtout dans les secteurs de la gestion des ressources naturelles, de l’accès aux services de base, de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture et des mines.


Les défis sociaux, c’est le cœur même de notre métier, donc je ne les vois pas vraiment comme des obstacles. Engagement des parties prenantes, études d’impact, gestion de conflits : c’est notre quotidien. Avec nos experts spécialisés par secteurs et disciplines, nous mettons en œuvre des méthodologies éprouvées pour les relever.


  • Qu’est-ce qui te passionne le plus dans cette activité professionnelle engagée ?


Je ne sais pas si c’est ce qui me passionne le plus, mais ce que j’aime par-dessus tout dans mon métier, c’est d’être en apprentissage permanent. Ça peut paraître un peu pompeux, mais mon travail me permet de mieux comprendre comment le monde fonctionne et quels en sont les enjeux géopolitiques. Intervenir dans des secteurs aussi variés que les mines, l’énergie ou les mobilités, au cœur d’une telle diversité géographique, permet de vraiment saisir les défis que nous traversons.


Je dois dire que le secteur minier me fascine particulièrement, et à différents égards. Les acteurs miniers sont facilement sous le feu des projecteurs : ce sont donc généralement les plus prudents et les plus attentifs au « milieu social » (aux humains, dit autrement). C’est un secteur qu'on critique en permanence, mais dont on est incapable de se passer — il paraît qu’on dispose en moyenne de 14 appareils connectés chacun en 2026 – tous plus consommateurs de produits miniers les uns que les autres ! Et faut-il seulement que j’évoque notre usage explosif de l’intelligence artificielle, donc de l’énergie et des minerais critiques ?


Mais au-delà du cœur de métier, c’est aussi le modèle et l’esprit d’Insuco qui rendent mon travail passionnant. Pascal nous rappelle souvent que le jour où l’on ne s’amuse plus (bon, bien sûr, « s’amuser » rime aussi avec « beaucoup travailler » !), on arrête. Eh bien, je crois qu’on a encore de très belles années devant nous pour s’amuser !


  • Si tu devais choisir un endroit préféré au Cambodge (un quartier, une province, un lieu secret ou un refuge pour le week-end), quel serait-il et pourquoi ?


Ça paraîtra certainement un peu niais, mais… mon refuge pour le week-end, c’est la salle de yoga de Marady (je ne partage pas l’adresse sinon ce ne sera plus mon refuge 😉). J’ai des semaines intenses, voire très intenses, et ses séances de yoga en khmer/anglais le week-end sont vitales. C’est mon sas de décompression : j’oublie tout, je vide la tête, mon corps travaille, et puis c’est tout !!


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